3 avril > 20 septembre 2026

Pinceaux étrangers, portraits de Bretonnes autour de Bernard et Gauguin

Un nouvel accrochage #CollectionRévélée

Le cabinet Gauguin, salle située au niveau 3 dans le parcours permanent du musée, est dédié à la valorisation des collections du musée par des expositions focus. Chaque année, trois accrochages successifs présentent des peintures, dessins et estampes de notre fonds pour mettre en lumière une donation, un thème ou un artiste. L’accrochage « Pinceaux étrangers, portraits de Bretonnes autour de Bernard et Gauguin » propose une sélection de vingt-cinq oeuvres issues des collections du musée. C’est aussi l’occasion de présenter de nouvelles acquisitions.

Jan VERKADE, Jeune Bretonne dans un paysage ou Marie-Louise au Huelgoat, 1891, crayon noir sur papier vélin, Inv. 2024.9.1, Musée de Pont-Aven, Photo Musée de Pont-Aven

Jan VERKADE, Jeune Bretonne dans un paysage ou Marie-Louise au Huelgoat

Le jeune artiste néerlandais Jan Verkade, surnommé « le Nabi obéliscal », intègre le groupe des jeunes prophètes dès 1891. Ce dessin est réalisé au printemps de cette même année, lors de son voyage en Bretagne, qu’il débute à Pont-Aven avant de se rendre en juin, en compagnie de Sérusier et Ballin, au Huelgoat. Sérusier écrit à Maurice Denis au sujet de Verkade : « Jan a fait d’énormes progrès dans le dessin et le spiritisme. Ses portraits de paysannes deviennent des madones ». Cette feuille est l’exemple le plus parfait d’une démarche synthétiste exceptionnelle, et son paysage, aux arbres caractéristiques, rappelle également les dessins du Danois Mogens Ballin à qui a appartenu notre oeuvre.

Robert BEVAN, Jeune Bretonne, Vers 1891, Fusain sur papier vélin, Inv. 2024.10.1, Musée de Pont-Aven, Photo Musée de Pont-Aven

Robert BEVAN, Jeune Bretonne

Né à Hove dans le Sussex, Robert Polhill Bevan poursuit ses études à l’Académie Julian à Paris en 1890, où il se lie d’amitié avec Forbes-Robertson. Ensemble, ils se rendent à Pont-Aven en 1890 et logent à l’Hôtel des Voyageurs. Lors de ce premier voyage, l’artiste réalise de nombreux croquis dans trois carnets, dont le dernier est principalement consacré à des jeunes femmes bretonnes aux visages finement dessinés, souvent représentées assises et lisant. Il est possible que notre oeuvre qui montre une Bretonne de profil portant un costume traditionnel, certainement celui de Moëlan, soit une page de ce dernier carnet. Bevan revient à Pont-Aven en 1891 puis en 1893-94, où il rencontre Gauguin, Seguin et O’Conor. Tous nos remerciements aux Amis du musée pour ce don !

Paul Gauguin, Bretonnes à la barrière, 1889, zincographie sur papier jaune, Inv. 2021.4.1, Musée de Pont-Aven, Photo Bernard Galéron

Paul Gauguin, Bretonnes à la barrière

Cette étonnante représentation semble superposer deux images distinctes. A droite, deux Bretonnes. L’une de dos, les mains sur les hanches, arbore une imposante coiffe à deux anses et une large collerette, habituellement portées pour les cérémonies. La seconde femme, de profil, est vêtue d’une robe qui semble se diluer en de nombreuses taches nébuleuses. Le cerne détourant son profil façonne une ligne de démarcation avec l’autre scène. Dans un cadre champêtre et vallonné, derrière la barrière, une silhouette très stylisée, assise de dos dans l’herbe, forme une masse foncée et difforme qui semble prisonnière. Gauguin affectionne le motif de la barrière pour sa portée symbolique de séparation entre deux mondes et pour l’esthétique graphique de l’objet

Cuno AMIET, Bretonne à la cruche, 1893, eau-forte, Inv. 2003.1.1, Musée de Pont-Aven, Photo D. Thalmann, Aarau, Switzerland, Musée de Pont-Aven

Cuno AMIET, Bretonne à la cruche

Sur cette estampe, une Bretonne se tient debout de profil, tenant dans ses mains une grande poterie. Le sujet de la Bretonne à la cruche est souvent représenté par les artistes de Pont-Aven dont Paul Gauguin et Émile Bernard. Amiet se distingue par cette composition où le sujet central est la figure féminine. Il s’éloigne de la figuration naturaliste en réduisant ce personnage à une silhouette d’ombre chinoise.

 

Eric FORBES-ROBERTSON, Étude de femme aux cheveux libres, non daté, fusain et crayon graphite sur papier, Inv. D 2022.1.2, Collection GLB, dépôt au Musée de Pont-Aven, Photo musée de Pont-Aven

Eric FORBES-ROBERTSON, Étude de femme aux cheveux libres

Le peintre britannique Eric Forbes-Robertson complète sa formation artistique à Paris en 1885, à l’Académie Julian. À l’été 1890, il séjourne à Pont-Aven en compagnie de son ami Robert Bevan. Il y demeure près de quatre ans, résidant notamment à la pension Gloanec ainsi qu’à l’hôtel Julia. Forbes-Robertson apparaît d’ailleurs sur plusieurs photographies de groupes prises devant cet établissement. Sur ce  dessin figure une jeune femme aux yeux clos, les cheveux détachés, les bras repliés, les mains presque jointes. Le dessin demeure inachevé : quelques lignes souples suggèrent une robe aux plis flottants. On devine l’amorce des jambes, tandis qu’un trait plus appuyé semble indiquer que cette femme est agenouillée.