25 septembre > 3 janvier 2027

L’artiste en miroir. Portraits d’artistes dans les collections du musée

Un nouvel accrochage #CollectionRévélée

Le cabinet Gauguin, salle située au niveau 3 dans le parcours permanent du musée, est dédié à la valorisation des collections du musée par des expositions focus. Chaque année, trois accrochages successifs présentent des peintures, dessins et estampes de notre fonds pour mettre en lumière une donation, un thème ou un artiste. Pour cet accrochage, nous avons sorti des réserves plusieurs portraits d’artistes, pour certains rarement montrés car sensibles à la lumière. Le sujet est en vogue si l’on en croit la récente exposition du Petit Palais à Paris « Visages d’artistes » qui questionnait la représentation des peintres au XIXe siècle.

Claude-Emile SCHUFFENECKER (1851-1934), Portrait d’Emile Bernard, Vers 1889, Pastel sur papier, Achat avec le soutien du mécène officiel CIC Ouest et du Fonds Régional d’Acquisition pour les Musées – FRAM – État/Région Bretagne en vente publique, INV 2023.1.1

La construction de l'image de l'artiste

La collection de portraits du Musée de Pont-Aven reste restreinte et ne peut offrir qu’un survol de cette thématique. Toutefois, émergent quelques fils directeurs qui interrogent, au-delà de la ressemblance, la construction de l’image de l’artiste et la tradition de portraits entre confrères.
Tout d’abord, le peintre est souvent représenté dans son atelier ou affublé de ses accessoires symboliques : le chevalet pour Henry Moret peint par Jules Le Ray, tout comme dans l’autoportrait d’Alcide Le Beau ; la palette, immense, dans le portrait de Maufra par Osterlind ou encore le béret de peintre arboré par Mary Piriou ou Désiré-Lucas.

George-Daniel DE MONFREID (1856 – 1929), Portrait de Gauguin, xylographie sur papier vélin, Achat auprès d’un collectionneur particulier, INV.1996.15.1

Le portrait, reflet d'amitié artistique

Au XIXe siècle, se développent les collectifs, les regroupements par affinités, les colonies artistiques, les sociétés d’auteurs… Le portrait d’artiste devient donc le moyen de revendiquer des liens professionnels et personnels, une fraternité artistique, voire une franche amitié. On pense à Schuffenecker captant l’intensité du regard d’Émile Bernard, au Danois Henningsen croquant à la sanguine l’Américain Fromuth à Concarneau, ou à Odilon Redon dessinant de profil son fidèle ami Sérusier. Cette tradition se perpétue d’ailleurs en photographie avec des peintres (Deyrolle, Daucho…) immortalisés par des photographes de renom. Ces portraits peuvent aussi constituer des hommages à des pairs et ainsi, l’opportunité de s’inscrire dans une lignée artistique. Clouard reconnaît son admiration pour Van Gogh tandis que George Daniel de Monfreid se pose en héritier/médiateur de l’art de Gauguin.

Emile BERNARD (1868-1941), Portrait du peintre Eric Forbes-Robertson, 1892, huile sur toile, Achat auprès d'un collectionneur particulier grâce au legs Yves Marmin et avec le concours du Fonds du patrimoine - Ministère de la culture, du Fonds Régional d’Acquisition pour les Musées – FRAM – État/Région Bretagne, de l'association des Amis du Musée de Pont-Aven et d'un financement participatif (190 donateurs), INV 2024.6.1

Le portrait pour conjurer la mort

Cette fraternité peut se faire plus acerbe ou taquine lorsque les artistes s’amusent à créer des portraits-charges, des caricatures accentuant une caractéristique physionomique ou un trait de personnalité. Pierre Cavellat ne rate pas le graveur Delâtre et le peintre britannique Forbes-Robertson fait les frais de l’humour d’un de ses plus proches amis, Armand Seguin. Enfin, l’autoportrait demeure un exercice d’introspection qui participe également de la construction de son propre mythe mais fixe aussi le vieillissement, la fragilité physique. Émile Bernard en est l’un des champions. Nous conservons dans nos collections un autoportrait de sa période espagnole (actuellement en prêt à Budapest), ainsi que l’un de ses derniers autoportraits dans les années 1940, comme une ultime tentative de conjurer la mort.