Informations sur l’exposition

Exposition à venir

Du samedi 26 juin 2027 au dimanche 02 janvier 2028

Charles FILIGER (1863-1928), Paysage rocheux, le Pouldu, vers 1891, gouache sur carton, Don de Madame Claude Le Grand, Inv. n°2004.1.1

Une fascination nouvelle pour le Japon

À partir de la fin des années 1860, la France se passionne pour le Japon. Estampes, éventails, céramiques, textiles, laques, bronzes ou paravents affluent en Europe et suscitent un véritable engouement. Artistes, écrivains, critiques et collectionneurs sont parmi les premiers à se laisser séduire par ces objets venus d’un pays qui vient tout juste de s’ouvrir davantage aux échanges avec l’Occident.

Les Expositions universelles, les ventes aux enchères, les marchands spécialisés, puis les grands magasins contribuent largement à leur diffusion. Peu à peu, l’art japonais devient familier des intérieurs français et s’impose surtout comme une formidable source d’inspiration pour les artistes.

Car derrière l’effet de mode se joue une véritable révolution du regard. Les estampes japonaises révèlent aux créateurs occidentaux d’autres manières de représenter le monde : compositions asymétriques, cadrages audacieux, aplats colorés, silhouettes cernées, simplification des formes ou attention portée aux manifestations les plus infimes de la nature. Comme l’écrit Edmond de Goncourt, le Japon a « révolutionné l’optique de l’Occident ».

De la seconde moitié du XIXe siècle aux années 1920, cette fascination nourrit profondément la création française. Peinture, estampe, arts décoratifs et objets manufacturés témoignent d’un dialogue particulièrement fécond entre le Japon et la France.

À travers des œuvres japonaises et occidentales, l’exposition invite à découvrir ce phénomène majeur de l’histoire de l’art : le japonisme. Organisé en trois grandes sections, le parcours montre comment les artistes sont successivement devenus collectionneurs et observateurs de l’art japonais, avant d’en emprunter les motifs, puis d’en assimiler certaines techniques et principes esthétiques pour inventer un langage nouveau.

James TISSOT (1836-1902), Japonaise au bain, 1864, huile sur toile, legs Gaston Joliet, 1923 © Musée des Beaux-Arts de Dijon / François Jay

La diffusion de l’art japonais en France à partir de 1860

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les objets japonais font leur apparition dans les ateliers d’artistes, les collections privées et les intérieurs bourgeois. Ils deviennent rapidement des objets de curiosité, de collection mais aussi de création.

Estampes et livres illustrés côtoient éventails, paravents, céramiques, bronzes, laques et textiles. Certains peintres les introduisent directement dans leurs œuvres. Chez James McNeill Whistler, James Tissot, Édouard Manet ou Vincent van Gogh, ces objets participent pleinement à la composition et contribuent à créer un nouvel univers visuel.

L’exposition permet ainsi de retrouver l’atmosphère des ateliers et des collections de l’époque grâce à la confrontation entre œuvres occidentales et objets japonais. Certains ont appartenu à des artistes aussi différents que Gustave Moreau, Mariano Fortuny, Auguste Rodin, Claude Monet ou Emmanuel Lansyer, mais également à de grands amateurs et collectionneurs, parmi lesquels Philippe Burty et Edmond de Goncourt.

Cette première partie raconte ainsi la découverte du Japon par les artistes français et la naissance d’une véritable passion pour ses arts.

Paul GAUGUIN (1848-1903), Marine avec vache, 1888, huile sur toile, Don comtesse Vitali en souvenir de son frère le vicomte Guy de Cholet, 1923, musée d'Orsay © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

La fascination pour les motifs de l’iconographie japonaise : emprunts et inspirations

Observer, collectionner, puis s’inspirer. Très vite, les artistes ne se contentent plus de représenter les objets japonais : ils puisent dans leur extraordinaire répertoire de formes et de motifs.

Fleurs, oiseaux, poissons, insectes, feuillages, vagues ou paysages deviennent autant de sources d’inspiration. Le regard extrêmement attentif que les artistes japonais portent sur la nature fascine leurs homologues occidentaux, précisément au moment où ceux-ci cherchent eux-mêmes à renouveler leur manière de regarder et de représenter le monde.

Cette influence se retrouve chez des créateurs aussi différents qu’Édouard Manet, Henri Rivière, Pierre Roche ou Émile Gallé. Plusieurs d’entre eux, dont Félix Bracquemond, Émile Reiber et Henri Guérard, puisent notamment dans l’œuvre d’Hokusai et dans sa célèbre Manga, immense répertoire de figures, d’animaux, de paysages et de motifs.

La découverte de l’art japonais ne passe d’ailleurs pas uniquement par les œuvres originales. Livres et revues jouent un rôle essentiel dans sa diffusion. Publié entre 1888 et 1891 sous l’impulsion de Siegfried Bing, Le Japon artistique devient ainsi une incomparable source d’images et de modèles pour toute une génération de créateurs.

L’art japonais devient un véritable répertoire dans lequel peintres, graveurs, décorateurs et artisans viennent puiser pour renouveler leurs propres créations.

George LACOMBE (1868-1916), Grotte à Camaret, entre 1893 et 1894, huile sur toile, Achat avec la participation du Fonds Régional d’Acquisition pour les Musées – FRAM – État/Région Bretagne auprès d'un collectionneur particulier, inv. 1991.15.1

Du geste japonais à la création occidentale : l’assimilation des procédés nippons

L’influence japonaise va cependant bien au-delà de l’emprunt de motifs. Les artistes occidentaux observent aussi la manière dont les artistes japonais composent leurs images, utilisent les couleurs, travaillent les matières et organisent l’espace.

Compositions décentrées, points de vue inhabituels, aplats de couleurs, contours marqués, simplification des formes : autant de procédés qui contribuent à transformer profondément l’art occidental à la fin du XIXe siècle.

De l’impressionnisme au postimpressionnisme, des Nabis à l’École de Pont-Aven, chaque artiste s’empare librement de ces principes. Edgar Degas et Giuseppe De Nittis expérimentent notamment le format de l’éventail et l’utilisation de la soie. Henry Somm s’intéresse à certains procédés issus de la peinture japonaise.

À Pont-Aven, cette influence prend une résonance toute particulière. Paul Gauguin et Émile Bernard trouvent notamment dans les estampes japonaises une esthétique qui rejoint leurs propres recherches : simplification des formes, contours affirmés, aplats de couleurs et abandon progressif de la représentation illusionniste de l’espace. Le Japon participe ainsi pleinement au vaste mouvement de renouvellement artistique qui conduit les peintres de Pont-Aven vers de nouvelles formes d’expression.

Les techniques elles-mêmes fascinent les artistes. Certains graveurs, comme Henri Rivière, Jules Chadel ou Prosper-Alphonse Isaac, s’intéressent à la xylographie japonaise et à l’impression en couleurs. Dans le domaine de la céramique, Jean Carriès trouve dans les créations japonaises une nouvelle manière d’aborder la matière, le geste et la part laissée à l’imprévu.

Cette dernière section montre ainsi comment les artistes occidentaux ont dépassé la simple fascination pour le Japon. L’art japonais devient pour eux un formidable laboratoire d’expérimentation, permettant de rompre avec les conventions et de participer à l’invention de l’art moderne.