Paul GAUGUIN (1848-1903)
Né à Paris, Paul Gauguin grandit dans une famille mêlant engagement politique et héritage péruvien. Son père, Clovis Gauguin, est journaliste républicain ; sa mère, Aline Chazal, est la fille de Flora Tristan, figure féministe du socialisme. En 1849, la famille fuit le climat politique français et embarque pour le Pérou, où Gauguin passe ses premières années. Son père meurt durant la traversée, mais l’enfant garde de Lima un souvenir durable : couleurs vives, sensualité du climat, culture métissée. De retour en France en 1855, il étudie à Orléans, puis s’engage dans la marine marchande (1865–1871), parcourant le monde. Cette expérience forge son goût de l’aventure et de l’exotisme.
En 1871, Gauguin s’installe à Paris et devient agent de change. Il épouse la Danoise Mette‑Sophie Gad en 1873, avec qui il aura cinq enfants. Parallèlement, il commence à peindre en amateur, encouragé par le collectionneur Gustave Arosa et par Camille Pissarro, qui devient son mentor. Il expose avec les Impressionnistes dès 1879, mais la crise financière de 1882 le pousse à abandonner la finance pour se consacrer entièrement à l’art. Il effectue cinq séjours à Pont-Aven dont le premier en 1886. Il y rencontre de jeunes artistes, dont Émile Bernard, avec qui il élabore une esthétique nouvelle : le synthétisme. Il loge alors à la Pension Gloanec et fait figure d’artiste révolutionnaire. Son désir d’exotisme le pousse à partir en 1887 avec Laval pour Panama puis la Martinique. L’œuvre manifeste de cette période est La Vision après le sermon (1888), qui rompt radicalement avec l’impressionnisme. En 1888, Gauguin rejoint Vincent Van Gogh à Arles. Leur collaboration intense se termine brutalement après l’oreille coupée de Van Gogh. Gauguin peint alors des œuvres marquées par une tension morale et symbolique, comme Le Christ vert (1889). En 1891, Gauguin quitte l’Europe pour Tahiti, espérant y trouver une société « primitive » préservée de la modernité occidentale. Il y développe un style plus monumental, plus spirituel, aux couleurs vibrantes. Il vit dans la pauvreté, mais son art gagne en puissance symbolique : couleurs saturées, figures hiératiques, mythologie personnelle mêlant christianisme, croyances polynésiennes et visions intérieures. En 1901, Gauguin s’installe aux îles Marquises, à Hiva Oa. Il y poursuit sa quête d’un art total, écrit, sculpte, peint, et se bat contre les autorités coloniales. Sa santé décline, mais sa production reste intense. Il meurt le 8 mai 1903 à Atuona, à 54 ans, dans la solitude et la misère.